13:29
afp EUA0204 3 I 0672 EXT /AFP-TX70
UE-PE-Constitution-crise-sommet PREV
» L'UE fait son mea culpa et sonne la mobilisation pour sortir de la crise (PAPIER GENERAL)
Par Bertrand PINON
=(PHOTO)=

STRASBOURG (Parlement européen), 8 juin 2005 (AFP) - La présidence de l'UE et la Commission européenne ont fait mercredi un timide mea culpa et plaidé pour une Europe "différente" après le non franco-néerlandais à la Constitution, tout en sonnant la mobilisation pour un accord budgétaire au prochain sommet de Bruxelles.
"L'Union européenne ne doit pas glisser dans une sorte d'incertitude permanente, d'immobilisme, au pire de paralysie", a mis en garde à Strasbourg le ministre délégué luxembourgeois aux Affaires étrangères, Nicolas Schmit, dont le pays tient les rênes des 25 jusqu'à la fin du mois.
"L'Europe doit continuer. Elle doit montrer qu'elle garde sa pleine capacité de décision et d'action", a-t-il plaidé devant le Parlement européen.
M. Schmit a réaffirmé que la présidence ferait "tout son possible pour faciliter un compromis acceptable par tous" lorsque les dirigeants de l'UE tenteront d'arracher les 16 et 17 juin un accord sur le budget communautaire 2007-2013 et devront fixer le sort de la Constitution.
"Un accord est souhaitable, mais (aussi) possible", a renchéri le président de la Commission, José Manuel Durao Barroso.
La présidence luxembourgeoise a fait d'un accord sur le budget européen sa priorité pour éviter un "blocage dangereux" de l'UE après les référendums en France et aux Pays-Bas.
La négociation s'annonce rude. Six contributeurs nets (Allemagne, Pays-Bas, France, Royaume Uni, Suède, Autriche) veulent plafonner les finances communautaires 2007-2013 autour de 815 milliards d'euros, loin des 1.000 milliards proposés par Bruxelles. Autre dossier explosif : le rabais accordé au Royaume Uni, que plusieurs pays emmenés par la France remettent en cause.
Tout en réaffirmant leur souhait d'une poursuite de la ratification de la Constitution, proclamée "morte" par les eurosceptiques, le tandem Schmit-Barroso a appelé à entendre le "message" des électeurs.
Au-delà de l'"insatisfaction" populaire, le ministre luxembourgeois y a vu "une adhésion toujours forte à l'idée européenne", mais "à une Europe qui agit différemment (...) après un débat démocratique qui a certainement fait défaut pendant trop longtemps".
Il a appelé à "rattraper le temps perdu" par un dialogue notamment "dans nos pays, dans nos parlements nationaux, avec les partenaires sociaux".
"La réflexion qui doit être menée ne peut pas être une réflexion limitée aux seules chancelleries. Ce n'est pas cette voie là qui nous sortira de la crise actuelle", a martelé M. Schmit.
M. Barroso a mis en garde contre toute "attitude autiste, arrogante et irrespectueuse de la majorité des citoyens de deux pays".
"Il n'y a pas de plan B, il n'existe pas, il n'a jamais existé, mais peut-être on pourra parler d'un plan D, comme démocratie, un plan D pour écouter les gens", a-t-il ajouté, appelant à une "synthèse intelligente" dépassant les "clivages idéologiques" du "dieu Marché" et du "dieu Etat".
Des élus de tous bords ont abondé dans le sens du chef de file des élus centristes et libéraux, Graham Watson, pour dénoncer une "Europe trop secrète et opaque". "Les portes closes, ça ne passe plus", a renchéri le communiste français Francis Wurtz, pour qui "beaucoup de personnes voudraient rêver d'Europe, mais ne rêvent pas du pacte de stabilité ou de la directive Bolkestein".
"Je ne veux plus perdre, je ne veux plus de mensonges", a tonné le bouillant Vert Daniel Cohn Bendit, réclamant un débat public au sommet de Bruxelles, mais craignant aussi un compromis au rabais sur le budget.
Ramenant sur le devant de la scène la proposition d'un "partenariat privilégié" avec la Turquie plutôt qu'une adhésion, le patron du puissant groupe conservateur Hans-Gert Poettering a été rappelé à l'ordre par son alter ego socialiste, Martin Schulz, qui lui a demandé de ne pas "jouer avec le feu".
bpi/pg/bds AFP 081133 GMT JUN 05