NEWS UPDATE
FROM THE GUE/NGL GROUP

 

Déclaration de Francis WURTZ, Président du Groupe GUE/NGL

sur les Perspectives financières

PE-Strasbourg 14/12/2005

Au mois de juin dernier, la majorité du Parlement a chaleureusement accueilli M. Blair. Six mois plus tard, les présidents des groupes politiques unanimes - fait très exceptionnel - viennent de rejeter ses propositions budgétaires "pour cause de manque de solidarité". Le Président de la Commission vient de s'exprimer dans un sens analogue. Et l'ensemble de ce débat est une clarté aveuglante. Ce retournement de situation devrait faire réfléchir la présidence sortante.

Sa désinvolture à l'égard de ses partenaires en général, et des nouveaux pays membres en particulier, a, cette fois, franchi le seuil de l'inacceptable. Comment peut-on oser envisager régler les querelles politico-budgétaires britanno-britanniques sur le dos des nouveaux pays membres, qui ont le plus besoin de fonds communautaires, tout en se déclarant le champion de l'élargissement? D'un côté, 14 milliards d'euros de moins de crédits que ne le proposait le compromis, pourtant minimaliste, du mois de juin, pour les nouveaux pays membres; de l'autre, 12 milliards d'euros de plus d'économies que prévu il y a six mois pour la Grande Bretagne, au titre du fameux "rabais". Il y a là une "Thatcher touch" que nous paierions cher à laisser passer.

Quant à la volonté affichée par la présidence en exercice, de réformer la PAC pour la rendre plus équitable, laissons le "Financial Times" du 7 décembre dernier en évaluer la sincérité: "lorsque la Commission a proposé de fixer un plafond à la taille des exploitations éligibles au soutien au revenu, lors de la dernière réforme de la PAC, l'initiative a été bloquée par le Royaume Uni parce que ce dernier a moins de petites exploitations que les autres Etats membres." Les grands principes européens de l'actuelle présidence s'arrêtent manifestement là où commencent les gros intérêts domestiques.

Ainsi, il fallait avoir une bonne dose d'aplombs pour prendre de haut les nouveaux pays membres, comme l'a fait Jack Straw en comparant les fonds qui leur sont alloués dans les prochaines perspectives financières à "deux plans Marshall", alors même que le "chèque", selon ses propres chiffres, représenterait rien qu'entre 2000 et 2013, un "plan Marshall" pour la seule Grande Bretagne, 5ème puissance économique mondiale! Ce n'est plus l'Europe, c'est le Jackpot!

Ne laissons pas revenir en force le temps du "I want my money back" de sinistre mémoire ! La lettre des "six" plus gros contributeurs nets annonçant il y a deux ans qu'ils entendaient limiter les budgets futurs à 1% du RNB avait malheureusement réouvert cette voie sans issue. M. Blair s'y est engouffré sans retenue. Il faut stopper cette dérive tant qu'il est encore temps.

Il paraît que nous sommes en pleine "période de réflexion" sur le sens de l'aventure européenne... Le moment est venu de choisir entre une intégration par le marché et une construction politique, entre concurrence sauvage et solidarité, entre capitulation et ambition. On verra bientôt qui veut vraiment l'Europe.