LA TRIBUNE Economie, 05.04.06
La Commission reconnaît sa défaite
sur la directive Bolkestein
La nouvelle version de la directive sur les services abandonne
le sulfureux principe du pays d'origine. Le Parlement européen
s'est retrouvé placé au centre du jeu.
La Commission a explicitement reconnu, hier, devant les députés
européens, qu'elle avait totalement perdue la main dans
la délicate affaire de la directive relative à la
libéralisation des services. La proposition Bolkestein originale "n'avait
pas la moindre chance de devenir un jour un morceau de législation",
a reconnu hier, au Parlement européen, le commissaire au
Marché intérieur Charlie McCreevy. Et pour sortir
de la nasse, ce n'est pas Bruxelles mais bien "le Parlement
qui a montré la voie", a-t-il encore expliqué.
Se conformant à la volonté d'une large majorité d'eurodéputés,
la Commission a en effet écarté, dans sa proposition
révisée, le sulfureux principe du pays d'origine.
Il aurait autorisé les entreprises à délivrer
des services parmi les Vingt-Cinq en ne se soumettant qu'à la
législation de leur Etat d'origine, fût elle moins
disante. En outre, des secteurs entiers sont exclus de la nouvelle
directive présentée hier : audiovisuel, jeux de hasard,
services sociaux, etc. "90 % à 95 % des demandes du
Parlement européen ont été reprises" par
la Commission, s'est félicité la rapporteure (PSE)
sur le sujet, Evelyne Gebhardt.
Placé au centre du jeu grâce à la défection
de la Commission Barroso, le Parlement européen n'a pas
boudé son plaisir. "Les travaux du Parlement européen
prennent de plus en plus d'importance", a lancé le
président du Parti populaire européen (majoritaire),
Hans Gert Poettering. Les partisans français du "non" à la
Constitution se sont eux aussi félicités de la reculade
de Bruxelles. L'eurodéputé communiste Francis Wurtz
l'explique par "l'effet structurant de l'irruption des citoyens
dans le débat européen un certain 29 mai 2005",
date du référendum sur la Constitution en France.
La pilule n'a pas été facile à avaler à Bruxelles.
Jusqu'à la fin, les services des Commissaires les plus libéraux
(Mandelson, Kroes, Almunia et McCreevy lui-même) ont tenté de
sauvegarder des pans entiers envisagés par Frits Bolkestein.
En vain. José Manuel Barroso a tenu à se soumettre à la
décision du sommet européen de mars qui avait alors
exigé de la Commission qu'elle soit fidèle au consensus
dégagé au Parlement européen.
Sauver les apparences. La nouvelle directive doit encore être
soumise au Vingt-Cinq avant l'été. Le Parlement pourrait
se prononcer dans la foulée avant la pause estivale, ou à la
rentrée de septembre. Pour sauver les apparences, tout juste
la Commission est-elle parvenue à accoler à sa proposition
amendée de directive, une communication sur le détachement
des travailleurs. Le sujet était au coeur du débat
sur la directive services. Cette communication, qui n'a pas de
portée juridique contraignante, vise simplement à clarifier
les règles existantes, afin d'éviter que les Etats
bloquent la libre circulation des travailleurs par excès
de bureaucratie. Mais le Commissaire aux affaires sociales, Vladimir
Spidla, prévient pourtant que, sur la base de ces explications,
il attaquera, d'ici un an, tout Etat qui restreindrait indûment
le détachement de travailleurs dans le cadre de prestations
de services.
Grégoire Pinson, à Strasbourg
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